Interview pour le magazine ‘Sauvage’

Interview d’ Eric Périer, par le magazine Sauvage, Février 2009.
« Je te propose quelques questions pour l’interview.
Tu peux les changer, les supprimer, en apporter d’autres qui te semblent plus pertinentes.

Tu es libre de dire ce que tu veux, tu ne seras ni saucissonné ni censuré, tu définis tes propres limites.

 

Le but de cet article, et du magazine Sauvage en général, est de pousser les lecteurs à aller vers et à participer à des actions culturelles. »
Sauvage

-Quelles sont vos différentes actions dans le champs de l’art et du spectacle ?
J’essaie de créer des situations originales de rencontre avec des musiques d’aujourd’hui.

-Quelles sont les motivations qui mènent à l’ouverture d’un espace de création ?
Il faudrait d’abord penser, avant de parler « d’espace de création », à ne pas se mettre dans une position définie par l’institution, car si l’on veut créer des conditions de création artistique, il faudra méditer ce que l’on est en train de constituer, ce qui oblige à penser plus de choses que si on était tranquillement dans un cadre institutionnel.

-La revendication d’un espace de création libre (hors contrôle de l’Etat) est-elle un acte politique ? Pourquoi est-ce important ?
Si cette revendication repose sur la capacité de voir sur soi et sur ce qu’ont fait les effets néfastes de tel ou tel aspect de l’institution, et comment les conjurer, afin de constituer quelque chose, et d’ensuite garder la vigilance, alors oui.
Comment constituer quelque chose et être vigilant ? Constituer c’est inventer des relations, des espaces et des temps dans lesquels on se donne la légtimité de penser à ce qu’on est en train de faire. On peut se sentir enjoint à se poser la question : pense à ce que tu fais, alors que l’institution aurait tendance à dire : pense ce que tu fais.
Donc penser à comment on le fait, avec qui… Si c’est cela, alors c’est un acte politique important.

-Dans la mesure ou l’Etat finance l’art contemporain au travers du ministère de la Culture (subventions,  résidence…), pourquoi créer un centre de création artistique alternatif ?

Cette notion de « centre de création artistique alternatif » c’est déjà tout un programme.
Il ne suffit pas d’être dans une position critique, il y a une inventivité à produire : le risque est d’être dans une pensée miroir, comme les athées qui parlent perpétuellement de dieu et de l’Eglise, alors que le vrai athée n’en parle plus ou sait qu’il n’est plus obligé d’y penser. S’il y a une inventivité relationelle on ne pense plus « institution », on parle d’autre chose.
Constituer quelque chose, face à l’institution c’est en quelque sortes essayer de penser des choses à l’occasion de ce qu’on est en train de faire. Vieille opposition philosophique : ceux qui croient que penser c’est faire un exercice harmonieux de choses préétablies qu’on a dans l’esprit, choses qu’on projette dans la réalité à partir d’un point extérieur, vu d’en haut, à l’opposé il y a ceux qui ne pensent que dans le choc avec le réel, sans pensée préétablie. C’est l’occasion de la rencontre avec les choses qui fait penser.

-Une expérience comme le projet Infact (l’occupation du 51 rue de Chateaudun) est elle encore possible/utile ?
Cette expérience a eu l’utilité de distinguer l’occupation (d’immeuble vacant) pour le logement et l’utilisation pour la création artistique. Ce qui est évoqué plus haut -les préalables à une action- ne fait que préparer à rencontrer les pouvoirs, croiser leur chemin : la conjuration dont je parlais n’est pas une abstraction, il faut voir les lieux et les étapes dans lesquels on rencontre les effets de pouvoir avec l’institution, comme le croisement avec le marché, avec certains dispositifs légaux, mais également des modèles d’organisation (pour l’occupation des lieux, les rapports entre les gens..), etc. Notre option était de penser le lieu comme un outil pour répondre à des problèmes matériels d’espaces, de conditions de travail et de « monstration », avec les conséquences que cela entraînait dans l’organisation interne et vis à vis du public. Dans un deuxième temps, nous aurions voulu, une fois le dispositif testé, en faire un modèle institutionnel à multiplier. Cela ne s’est pas fait, mais a ouvert à des expériences proches dont les organisations et propos ont gagné en mélangeant moins les problématiques « sociales » et « artistiques ».

-Comment maintenir un « bon » niveau qualitatif et quantitatif de production artistique dans ce type de lieux ? (Comment se fait le choix des résidents ? Quels est le mode d’interactions entre l’artiste, le lieu et le public ? Comment ça marche ?)
Ce que ces lieux « alternatifs » peuvent offrir, c’est de la souplesse, de la plasticité, de la modularité, de la réactivité. Cela demande une attention renouvelée à ce qui est fait, propose un réagencement des relations interpersonelles et permet, possiblement, de s’affranchir des modèles préétablis. Cela « marche » à ces conditions-là.

2 commentaires pour Interview pour le magazine ‘Sauvage’

  1. sarah Bellavita dit :

    Bonjour,
    Je découvre votre existence aujourd’hui et ça me donne la pêche. Donc rien n’est foutu, tout est encore possible. Merci à vous qui osez, tentez, essayez. Merci de me redire que la liberté existe encore au delà des institutions, au delà du connu, au delà qui ne se nomme pas encore ou ne se nommera jamais. Qu’importe que je ne sois pas avec vous, vous existez et j’existe, pas si loin mais pas pête. Et oui il y a encore du chemin pour se croiser mais merci de me redonner envie d’essayer.

  2. Diego 11455 dit :

    il « suffit » de s’y mettre tous !

    :-)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s