Mai 2012 : Un nouveau lieu pour La Société de Curiosités

La Société de Curiosités vous donne rendez-vous depuis Avril 2012, à Paris, pour construire un ‘dispositif relationnel et connectif entre pratiques de créations de diffusion et d’écoute’.

Ouvrir un lieu sous le régime privé, est-ce créditer l’ignorance par les institutions de l’activité d’un collectif qui pourtant appartient à la ville, fait partie de la communauté ? Son ignorance et son inaction. Comment déborder, ne pas accepter le statut d’invisible, donner une dimension publique à une initiative rendue possible par l’accession à l’espace privé, engager la responsabilité de l’institution publique en tant qu’institution publique, lui offrir l’occasion d’être moins pathétique en lui  refusant celle de faire penser qu’elle fait le maximum? Peut-on, doit-on encore  alimenter en contenu sans que ce contenu puisse trouver une réalité dans le fait de s’inscrire ?

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La Société de Curiosités vous invite, à partir de Mai, dans un nouveau lieu. Il sera créé par le fait que chacun y est co-opérateur, c’est ce qu’on peut se donner comme hypothèse régulatrice.

Ce sera un curseur, pour juger de ce qui est acceptable ou pas. Des choses peuvent se faire, peut être pas dans l’ouverture et la largeur qu’on aurait voulu, mais elles peuvent vivre et avoir une visibilité. L’essentiel c’est d’arriver à faire quelque chose sans juger, qui permette de se dire « est ce que c’est bon ? ». Même si c’est minimal par rapport à ce qu’on aurait pu attendre, avoir une souplesse qui n’est pas une façon d’en rabattre.

C’est aussi l’occasion de faire du tissu connectif, car c’est sur la base de rencontres que les choses se font. Il faudra savoir ce qu’on peut choisir, c’est une question de choix, sans se fixer d’idéal, car c’est la seule façon de poser un objectif inatteignable. Mais on en sait suffisamment d’expérience pour savoir ce qu’on peut accepter de conditions. Faire un ou deux trucs qui fonctionnent sur les principes posés c’est bien. Ne nous offrons pas aux frustrations.

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Il y a un moment où ce qui devient intéressant c’est de voir comment la forme se forme. Ce n’est pas  essayer de revenir à des éléments fondamentaux, à une sorte de langue fondamentale supposée, mais s’intéresser à des formes qui dépendent des niveaux -ou du sens- où de la forme se fait. Souvent on s’arrête à des éléments que l’on préforme ou que l’on trouve déjà formés, alors qu’on pourrait s’intéresser à ce à partir de quoi on fait varier. Est-ce par frottement avec des choses déjà élaborées ou est-ce que c’est dans l’élaboration même qu’on arrive à créer des formes, ou du sens ? S’intéresser à ce qui est à la fois individuel et dividuel (Klee). Sinon le risque est de se trouver à un niveau purement métaphorique, dans l’image des formes et du sens, au lieu de s’interroger sur ce que c’est que faire une forme, produire du sens, comme si on ne s’intéressait qu’aux syllabes et aux mots alors qu’il y a un niveau plus petit, plus divisible qui est celui des phonèmes, les sons qu’on sélectionne pour les opposer entre eux pour que ça produise des formes. Des éléments minimaux forment d’autres éléments minimaux qui eux même sont intégrés à un autre niveau.

Ce n’est pas l’écriture contre la non écriture, mais comment ça s’enracine ou pas dans une communauté, quelle est la part créatrice de ceux qui écoutent, regardent, etc…on ne peut pas s’intéresser à un seul élément, celui du programme par exemple. La musique d’église la plus ancienne, avec sa notation de gestes vocaux, c’est une musique qu’on doit interpréter en pensant bien que ce n’est pas la reproduction d’un acte mais l’interprétation qui devient un acte en soi-même, le fait qu’avec du son et du verbe on incarne quelque chose qui es une maquette vibratoire du monde :c’est le moment même ou ça se passe qui compte.

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Quand on pense musique il faut essayer de ne pas oublier que la musique est une transaction, au sens ou c’est à agent multiple, et que parmi ces agents il y a aussi bien la salle, sa configuration, l’heure du jour, que le public et les gens qui la font. On a finalement une grande difficulté à savoir qui est l’agent principal, la hiérarchisation des goûts reposant sur une hiérarchisation des agents. L’art ce n’est pas simplement des personnes isolées, avec des agents pris dans des réseaux qui constituent des mondes, c’est aussi tout un jeu socialisé de sélection de ces agents qui permet de définir les champs.

Il faut d’abord comprendre que la restriction n’est pas de l’ordre de la distinction et de la raréifaction par l’excellence, mais le fait qu’il y a des lieux ou un certain abord et une certaine pratique sont possibles car on a fait quelques efforts pour conjurer les effets de la situation telle qu’elle est. C’est l’effort de se mettre à l’écart, un peu, sans oublier cependant que c’est bien avec la situation telle qu’elle est que les choses vont se faire.

Est-ce qu’on ‘institue’, en ayant des rapports avec l’institution, ou est-ce qu’on constitue quelque chose ? Le risque étant de se trouver en fausse résistance, dépendant du modèle en place, car nous n’en sommes qu’à la marge, comment conjurer les effets qu’on estime négatifs de ce qui est institué ? ‘’Musique expérimentale’’, ‘’théatre d’art et essai’’, c’est aussi une niche pré-dictée qui finit par fonctionner comme un lieu d’opération d’inclusion-exclusion-valorisation-dévalorisation, où l’on retrouve les marginaux appointés de Deleuze.

Face à la cohésion et la cohérence du système tel qu’il est, doit on accepter de se définir par rapport à lui ou bien y a t-il un moyen de constituer par réseau, par restriction assumée, quelque chose qui soit plus qu’une expérimentation à l’abri de la marge, mais le fait d’opérer dans une sorte de modulation de ce que c’est qu’être ensemble dans l’opération de l’art ? On ne cherche pas à faire des oeuvres d’art dans la marge mais à être dans l’opération du « qu’est ce que c’est que faire, écouter, voir, lire ? »…

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E.Périer, en discussion avec Laurent Chambert, Rémi Roche, et d’autres..et le soutien de Yann Macbeth architecte, concepteur du lieu.

Participer? Nous écrire à lasocietedecuriosites@gmail.com

Photos Dom Garcia

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